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Samedi 5 avril 2008
    Cette année, comme l'an dernier, je suis allé au Festival Cinéma d'Alès Itinérances. Et cette année, comme l'an dernier, j'ai participé au concours de critiques "jeune public" Écrits sur l'image. Et cette année (comme l'an dernier)... j'ai gagné le premier prix de ma catégorie (première). Autant vous dire que je suis assez content. Et pour finir, avant de vous laisser découvrir mon écrit : ... Cette année, comme l'an dernier, le premier prix est un séjour au Festival international du film d'animation d'Annecy. Donc j'y retourne ; et ne puis résister à l'envie de vous mettre un joli smiley :  =).
    Voici donc la critique en question :





 Une certaine modernité au service d'une chronique familiale tragique

    Dans une histoire comme celle-ci de famille pauvre, d'adolescent en diffciulté, de mari sortant de prison ; bref, au final, de terrible violence humaine et urbaine, on pouvait s'attendre à un film d'un style réaliste plus que déjà-vu. Très justement, d'ailleurs, car c'est l'impression qui s'impose très vite au début du film. Mais fort heureusement, de nombreux éléments viennent bousculer cette plate impression, et sortent l'oeuvre du réalisme brut et classique dans lequel elle semblait s'inscrire.
    En premier lieu, au niveau de la technique. Qu'il s'agisse de l'utilisation fréquente (et intéressante) du grand-angle, ou par exemple d'un procédé rare comme le trans-trav (inventé par Hitchcock dans Vertigo) ; mais aussi simplement de mouvements de caméra, plus élaborés ou plus rapides qu'à l'accoutumée : tout ceci contribue à rendre le film moins aride, à lui conférer une certaine originalité. De même, un montage varié et des plans originaux ajoutent à la modernité recherchée par le cinéaste. On ressent ici sa volonté de créer quelque chose de nouveau (même s'il ne se détache peut-être pas assez de ses influences). Une originalité qui ne vient cependant pas que de là : le scénario n'est pas prévisible comme on aurait pu le croire, il nous réserve un certain nombre de surprises. L'énergie (positive) et l'humour sont même présents, grâce en partie aux acteurs, qui parviennent à osciller entre rires et larmes d'une façon très juste.
    Un autre point intéressant dans le film est la vision de la collectivité par rapport à l'individu qu'il met en place : plusieurs moments dans le film, par exemple, montrent en effet le couple, seul, devant un flot ininterrompu de voitures, ou devant des immeubles tous aussi insipides les uns que les autres. L'intimité du couple face à la masse de la société humaine. Autre exemple : la séquence où Xiaoyu poursuit en vélo le bus où se trouve sa professeur de littérature. Pendant que les deux personnages, éclairés, se regardent, leur entourage (les voitures et les passagers du bus) est informe, obscur, indéfini. Une séquence, d'ailleurs, qui par son traitement tiendrait presque du conte, accompagné d'un léger surréalisme, vers lequel le film semple parfois lorgner, comme pour échapper à la réalité. Le cinéaste se plaît ainsi à faire ressortir ses personnages de la masse de la société, pour montrer l'emprise qu'elle a sur eux.

    Un père à Pékin est donc un vrai film familial, dans la mesure où il met en scène les personnages d'une famille éclatée en faisant abstraction presque totale des individus qui les entourent. Et, qui plus est, il échappe, malgré quelques retombées de violence brutes (sans doute nécessaires), aux clichés du genre, évitant ainsi de sombrer dans le style "dispute conjugale violente et réaliste", qui lui aurait ôté tout son charme. Car, si l'on oublie sa dureté, fréquente mais pas omniprésente, et son seul personnage "mauvais" (qui d'ailleurs ne réapparait pas à la fin), on peut dire que Un père à Pékin propose une vision globalement positive de l'âme humaine. Ce qui ne fait pas de mal.




    ► Remarque : [Comme l'an dernier], en recopiant cette critique, j'ai résisté à la tentation de changer quelques mots, et j'ai donc scrupuleusement respecté mon texte. [Et cette année, y a même le titre.]

    ► Informations sur le film :
Un père à Pékin (Kan che ren de qi yue), de An Zhanjun.
Scénario de An Zhanjun et Jiang Xiujia.
Avec Fan Wei, Zhao Jun, Chen Xiaoyi...
1 h 35 min, Chine.

par Sylvain Brunerie publié dans : Salles obscures
Mardi 5 février 2008
No Country for Old Men - Le blog CinéNiavlys
►Adapté du roman éponyme de Cormac McCarthy, No Country for Old Men marque le retour des excellents frères Joel et Ethan Coen, absents des salles depuis Ladykillers en 2004 (mise à part l'aventure Paris, je t'aime (extrêmement réussie pour leur part)).

    Le film raconte l'histoire d'un "deal qui a mal tourné", en suivant parallèlement trois personnages : l'innocent qui s'attire des ennuis en récupérant une mallette de billets (Josh Brolin), le shériff désespéré de la cruauté des hommes (Tommy Lee Jones), mais surtout le grand méchant de l'histoire, le terrifiant tueur psychopathe Anton Chigurh, magistralement interprété par Javier Bardem (Mar adentro).
    Assassin froid et habile, son arme de prédilection est le fusil à air comprimé, avec lequel il fait sauter les cervelles comme les serrures. Intelligent mais impitoyable, on hésite parfois à le considérer comme un fou ou comme un être sensé, tellement l'équilibre entre ces deux aspects est bien calculé. C'est ce qui fait une grande partie de la force du personnage : la plupart du temps d'une cruauté et d'une insenbilité sans limites, mais quelquefois animé de réactions plus humaines, il garde ainsi en lui une sorte de mystère qui ne nous sera pas dévoilé. Dans le film, sa présence donne lieu à des scènes d'une habileté rare, créant un suspense fort avec très peu d'expressivité. (Par chance, cette présence est très fréquente.)
    Et c'est d'ailleurs moins de suspense qu'il s'agit ici que d'une atmosphère oppressante et captivante, qui dure tout le long du film. La caméra des frères Coen filme avec une précision passionnante toute l'essence et la profondeur du sujet : le Mal qui règne en Amérique (et la cruauté humaine en général). Si les mouvements de caméra, angles et cadrages sont peu voyants (mais n'en sont pas moins excellents), c'est qu'il répondent à un mouvement général qui va au-delà du simple choix esthétique, démontrant la grandeur du génie des deux cinéastes. Aucune emphase dans ce thriller lorgnant sur le fantastique : seulement un réalisme brut et implacable, une terreur au calme poussé à l'extrême. Et malgré quelques touches d'humour (réussies), No Country for Old Men est un film profondément noir et pessimiste. Ce qui ne l'empêche pas (au contraire !) d'être d'une beauté incomparable, et accessoirement l'une des meilleures réussites de ces derniers mois.

De Joel et Ethan Coen.
Avec Javier Bardem, Tommy Lee Jones, Josh Brolin...
Scénario de Joel et Ethan Coen, adapté d'un roman de Cormac McCarthy.
Genre : noir et glaçant.
2 h 2 min, États-Unis.
Vu en V.O.

Note :

No Country for Old Men - Le blog CinéNiavlys
Fiche IMDB
par Sylvain Brunerie publié dans : Salles obscures
Jeudi 18 octobre 2007
►"Avertissement : certaines scènes peuvent être susceptibles de heurter la sensibilité des jeunes spectateurs." Quelles scènes ? Une seule en réalité, un seul plan même, celui – je ne vais pas vous le cacher plus longtemps – du foetus mort abandonné sur le carrelage de la salle de bains. Rassurez-vous, rien de traumatisant ici : très peu de sang, seulement une mignonne poupée de latex à forme plus ou moins humaine enveloppée dans un torchon. Une question se pose : pourquoi donc cette "provocation" ? D'autant plus que le cinéaste, Cristian Mungiu, se permet d'insister lourdement sur ce fameux plan, sans autre raison apparente que la provocation. Le problème est en réalité tout autre : l'ambiguïté du point de vue du réalisateur apportée tout d'un coup par ce simple mais signifiant plan.
    À ce stade, il nous faut commencer par le commencement : 4 mois, 3 semaines et 2 jours parle, vous l'aurez compris, d'avortement. Pas dans n'importe quel contexte : Roumanie, 1987, l'époque du règne du dictateur Ceauşescu. À cette époque, l'avortement y est interdit (tout comme la contraception) mais il se pratique tout de même, bien sûr, en toute illégalité. Ici, on s'intéresse à une jeune étudiante, tombée enceinte contre sa volonté, et qui veut avorter. Seulement elle ne sait pas ce qui l'attend. Car l'avortement clandestin est aussi cruel et insalubre que l'est la Roumanie de cette époque.
     Cristian Mungiu réalise donc une critique mordante de la Roumanie de Ceauşescu, dévoilant à travers de très beaux plans séquences, tout en profondeur, la misère qu'il y règne. On pourrait (très logiquement) penser que le cinéaste critique du même coup la prohibition de l'avortement. Mais c'est là que ça se complique, et qu'on en revient au fameux plan dont nous parlions plus tôt. Car, au contraire, celui-ci paraît plutôt un manifeste argument contre l'avortement... Quand il se prononce sur le sujet, Cristian Mungiu préfère se décharger en parlant d'une "histoire de choix personnels".
    Mais tout ceci n'a pas empêché le jury du dernier Festival de Cannes de décerner sa Palme d'Or au film. Et pourtant, malgré des qualités cinématographiques indéniables et un jeu très convaincant, on en ressort avec la désagréable impression d'avoir été trompé, d'avoir vu un film fait surtout pour qu'on parle de lui, comme en témoignent le manque de développement du scénario et la fadeur du dénouement (s'il en est un). Et c'est bien dommage.

(4 luni, 3 saptamani si 2 zile)
De Cristian Mungiu.
Avec Anamaria Marinca, Laura Vasiliu...
Scénario de Cristian Mungiu.
Genre : glauque.
1 h 43 min, Roumanie.
Vu en V.O.

Note :


Fiche IMDB
par Sylvain Brunerie publié dans : Salles obscures
 
 
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