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Voici donc la critique en question :
Une certaine modernité au service d'une chronique familiale tragique
Dans une histoire comme celle-ci de famille pauvre, d'adolescent en diffciulté, de mari sortant de prison ; bref, au final, de terrible violence humaine et urbaine, on pouvait s'attendre à un film d'un style réaliste plus que déjà-vu. Très justement, d'ailleurs, car c'est l'impression qui s'impose très vite au début du film. Mais fort heureusement, de nombreux éléments viennent bousculer cette plate impression, et sortent l'oeuvre du réalisme brut et classique dans lequel elle semblait s'inscrire.
En premier lieu, au niveau de la technique. Qu'il s'agisse de l'utilisation fréquente (et intéressante) du grand-angle, ou par exemple d'un procédé rare comme le trans-trav (inventé par Hitchcock dans Vertigo) ; mais aussi simplement de mouvements de caméra, plus élaborés ou plus rapides qu'à l'accoutumée : tout ceci contribue à rendre le film moins aride, à lui conférer une certaine originalité. De même, un montage varié et des plans originaux ajoutent à la modernité recherchée par le cinéaste. On ressent ici sa volonté de créer quelque chose de nouveau (même s'il ne se détache peut-être pas assez de ses influences). Une originalité qui ne vient cependant pas que de là : le scénario n'est pas prévisible comme on aurait pu le croire, il nous réserve un certain nombre de surprises. L'énergie (positive) et l'humour sont même présents, grâce en partie aux acteurs, qui parviennent à osciller entre rires et larmes d'une façon très juste.
Un autre point intéressant dans le film est la vision de la collectivité par rapport à l'individu qu'il met en place : plusieurs moments dans le film, par exemple, montrent en effet le couple, seul, devant un flot ininterrompu de voitures, ou devant des immeubles tous aussi insipides les uns que les autres. L'intimité du couple face à la masse de la société humaine. Autre exemple : la séquence où Xiaoyu poursuit en vélo le bus où se trouve sa professeur de littérature. Pendant que les deux personnages, éclairés, se regardent, leur entourage (les voitures et les passagers du bus) est informe, obscur, indéfini. Une séquence, d'ailleurs, qui par son traitement tiendrait presque du conte, accompagné d'un léger surréalisme, vers lequel le film semple parfois lorgner, comme pour échapper à la réalité. Le cinéaste se plaît ainsi à faire ressortir ses personnages de la masse de la société, pour montrer l'emprise qu'elle a sur eux.
Un père à Pékin est donc un vrai film familial, dans la mesure où il met en scène les personnages d'une famille éclatée en faisant abstraction presque totale des individus qui les entourent. Et, qui plus est, il échappe, malgré quelques retombées de violence brutes (sans doute nécessaires), aux clichés du genre, évitant ainsi de sombrer dans le style "dispute conjugale violente et réaliste", qui lui aurait ôté tout son charme. Car, si l'on oublie sa dureté, fréquente mais pas omniprésente, et son seul personnage "mauvais" (qui d'ailleurs ne réapparait pas à la fin), on peut dire que Un père à Pékin propose une vision globalement positive de l'âme humaine. Ce qui ne fait pas de mal.
► Remarque : [Comme l'an dernier], en recopiant cette critique, j'ai résisté à la tentation de changer quelques mots, et j'ai donc scrupuleusement respecté mon texte. [Et cette année, y a même le titre.]
Voulez-vous des nouvelles de mon court métrage ? Peu importe, je vous les donne. Elles sont plutôt bonnes, voyez-vous. Pour tout vous dire (ou presque), j'ai passé une première semaine de vacances [zone A] agitée, épuisante mais extrêmement enrichissante. Voyez par vous-même.
Réveil à 7 heures. Les dernières impressions (plan de travail, feuille de services...) ont été faites hier, on finit les quelques bagages ; tout paraît prêt à 8 heures moins 10. Du coup, c'est à 8 heures moins 5 (en avance !) que l'on embarque en voiture pour Clermont-l'Hérault, ville qui deviendra, trois jours durant, le théâtre d'une merveilleuse aventure cinématographique et humaine (...) : le tournage de mon court métrage, « Innsbay ».
¤ L'équipe du tournage :
- L'équipe technique (mais artistique aussi) :
-
(Par ordre alphabétique des prénoms – pour que je sois en dernier)
Alain André

Clappeur, assistant réalisateur
(le papa de ma maman)Cédric Parinello

Décorateur,
assistant polyvalentFrédéric André

Cadreur/chef opérateur,
silhouette
(fiche sur Les Archives du Spectacle)
(mon tonton)Jacques Brunerie

Photographe de plateau, perchiste,
figurant
(fiche sur Les Archives du Spectacle)
(mon papa)Martine André

assistante réalisatrice, preneuse
de son, éclairagiste
(fiche sur Les Archives du Spectacle)
(ma maman)Suzanne André

Scripte
(la maman de ma maman)Sylvain Brunerie

Réalisateur
(moi) - Les acteurs
-
(Par ordre "d'importance")
Luc Sabot

L'homme
(fiche sur Les Archives du Spectacle,
fiche sur le site du Théâtre des 13 Vents)Isabelle Fürst

L'épicière
(fiche sur Les Archives du Spectacle,
fiche sur le site du Théâtre des 13 Vents)Stefan Delon

Le réceptionniste
(fiche sur Les Archives du Spectacle)Nicolas Durand

Le chauffeur
Bien qu'elle ne fît pas partie de l'équipe sur le tournage à proprement parler, quelqu'un a eu une importance toute particulière dans la réalisation de ce tournage : Frédéric Parinello (la femme de Cédric Parinello, ci-dessus). Je dois vous expliquer ceci : quelques jours après avoir envoyé mon scénario au cinéma de Clermont-l'Hérault (dans l'espoir d'une aide quelconque), je reçus un mail d'une régisseuse générale professionnelle, du nom que vous venez de lire, qui se proposait de participer au projet... (Cédric Parinello travaille au cinéma, et s'est imprimé le scénario, puis l'a ramené chez lui, où sa femme l'a découvert) Et malgré la désillusion qu'elle dût subir en apprenant que le boulot serait bénévole (mon scénario devait paraître professionnel, faut croire), elle accepta tout de suite, pour mon plus grand bonheur. En tant que régisseuse générale, elle a donc joué un rôle extrêmement important : en s'occupant de nombreuses formalités administratives + demandes d'argent + [divers], elle a non seulement fait concrètement avancer le projet, mais elle nous a surtout fortement poussé, par son énergie et son engagement, à nous bouger pour préparer le tournage. Ce qui fût sacrément utile. Et ce qui est triste dans l'histoire, c'est qu'elle n'a même pas pu participer au tournage (qui n'aurait peut-être pas pu se faire sans elle). Merci mille fois, donc, à elle.
9 h 15. On [= moi et mes parents] arrive au Café des Négociants pour le rendez-vous fixé avec Cédric. Une fois présentés, on se rend chez Luc, l'acteur principal
("L'homme"), pour attendre les autres et démarrer le tournage. Au fait : il pleut. Pas méchamment, bien sûr, quelques gouttes ; mais il pleut. Et ça c'est pas écrit dans le scénario.
Dans ces cas-là, on positive : "ça se verra pas puisque j'ai décidé de pas montrer le ciel". Et puis de toute façon, en commençant à 10 h avec du retard et avec le repas à 11 h 30, pas le temps
de faire grand-chose dans une matinée. Surtout quand on est au tournage, ce qui implique de tout mettre en place et de trouver son rythme. C'est donc avec deux plans tournés [entendons-nous bien
: plusieurs prises pour chaque plan, pas deux prises seulement] que toute l'équipe se dirige vers la cantine.
Celle-ci est offerte par l'association A.C.A.R.L.E.T., qui s'occupe (entre autres mais surtout) de cantine scolaire. C'est eux qui nous feront à manger et nous accueilleront dans leurs
locaux pendant nos trois jours de tournage. Pour le repas arrive Isabelle, l'actrice "secondaire". Elle jouera, l'après-midi, l'épicière, dans la fameuse scène de l'épicerie.
Justement, venons-en, à cette scène. L'épicerie se trouve donc à Plaissan, pas loin de Clermont-l'Hérault. Une fois arrivés et l'épicier rencontré, on s'installe et on règle du mieux qu'on peut les problèmes d'éclairage et de réglages divers (image et son) - sachant que le lieu ne nous est ouvert que de 13 h à 16 h. Moi, je ne cesse de courir d'une personne à l'autre. Une petite répétition avec les acteurs, pour qu'ils prennent connaissance de ma vision de la scène ; pas de problème, ils comprennent vite et bien, ils sont géniaux. [Le temps avance] On commence enfin à tourner ; et on continue, puisque ça se passe bien. Mais arrive un moment où on est en retard... En l'absence d'avertissement pour le moment, on continue en faisant comme si de rien n'était. Chance : finalement, on a sursis d'une demi-heure. Et puisqu'on s'est activé pour limiter le retard, on tombe du coup très bien avec cette nouvelle heure limite. Et voilà cette séquence finie. Que de satisfaction dans ma tête.
Après le repas : nos figurants nous attendent à l'endroit convenu, devant l'église. Ils ne sont que 3, certes (cinq au final), mais c'est des figurants. Très bons même. Mais pour le moment on tourne la scène de nuit avec Isabelle, pour la libérer le plus tôt possible. Une heure après, donc (heureusement que la table régie, faute de régisseuse, était là), tout le monde à l'hôtel de Sarac pour les deux plans faisant intervenir les figurants. Personnellement, je ne sais à ce moment-là pas vraiment ce que ça va donner. J'ai très peur que ça soit complètement raté et que ça ait absolument aucun effet "oppressant" (avec des gros guillemets) à l'écran... La surprise est grande (et bonne) : si je suis plus mort de rire pendant l'action que mort de peur, c'est que je suis extrêmement content du résultat ! La lumière, le mouvement des figurants, le son... tout m'étonne en bien sur ce plan.
Longue journée, dites donc. Il est temps d'aller dormir.
Ce matin, on tourne la scène de l'arrivée du bus, qui se déroule à l'extérieur de la ville (ici sur une route près de Liausson). On y va d'abord à quatre : Fred, mes parents et moi. Et là, c'est le début de la petite déprime du mardi : pas le bus (du retard, une panne...), pas encore le reste de l'équipe, de la pluie (donc pas moyen de préparer le cadrage), etc. Et puis arrive le bus. Et, du même coup, le reste de l'équipe et le beau temps (en gros). Et là, c'est la fin de la petite déprime du mardi : le bus est génial (merci Nicolas), tout se met en place de manière efficace, on tourne tout et on est très satisfait. Il est donc temps d'aller manger (mais oui, c'est que c'est long et fatigant tout ça).
Pour le repas est arrivé Stefan, le réceptionniste. Il joue dans une des scènes du bus à l'hôtel de Sarac (qu'on tournera juste après manger) mais surtout dans les deux scènes de la réception de l'hôtel (au théâtre), qui seront tournées en fin d'après-midi. À part qu'on fait attendre Stefan un peu longtemps dans l'après-midi, le reste de tournage avec le bus se passe très bien. [Rien à signaler donc.] Vient ensuite notre occupation du théâtre. Adorables, les gens de là-bas nous proposent du thé/café, bien utiles pour détendre l'équipe (les acteurs en particulier, les plus exigeants). Les préparations sont un peu plus longues que d'habitude, puisqu'on tourne toute la séquence d'un coup. Mais on finit par y arriver. Enfin, façon de parler : l'attente aura rendu mes deux acteurs nerveux, ce qui demandera un certain nombre de prises avant que le fou rire ne disparaisse. Mais quand on y arrive vraiment, qu'est-ce que c'est bien ! Oui, je suis encore une fois très content du résultat.
Pour le coup, on est vraiment fatigués. On décide donc de ne pas tourner le soir même, comme on l'avait plus ou moins prévu. Et en effet, je pense qu'on aurait pas mal souffert.
On a donc fini (pour ces vacances - il reste deux nuits), et on fête ça chez Luc. Je félicite et remercie tout le monde parce que tout le monde le mérite amplement. Et j'en profite pour le faire de nouveau ici : je remercie de tout mon coeur toute l'équipe, techniciens et acteurs ; Fred (Parinello), encore une fois (voir plus haut) ; et tous ceux qui ont apporté les accessoires, lieux, ou autres besoins : Nicolas pour son magnifique bus, Hammouch Amirach pour son épicerie, le théâtre de Clermont, les excellents figurants du lundi soir, et j'en oublie sûrement. Une expérience qui, en plus d'être extrêmement sympathique, fût spécialement enrichissante : au niveau de la direction du tournage pour le moment, et probablement au niveau de la réalisation en général quand je ferai le montage. Je vous tiendrais au courant des prochaines nouvelles.
Le film raconte l'histoire d'un "deal qui a mal tourné", en suivant parallèlement trois personnages : l'innocent qui s'attire des ennuis en récupérant une mallette de billets (Josh Brolin), le shériff désespéré de la cruauté des hommes (Tommy Lee Jones), mais surtout le grand méchant de l'histoire, le terrifiant tueur psychopathe Anton Chigurh, magistralement interprété par Javier Bardem (Mar adentro).
Assassin froid et habile, son arme de prédilection est le fusil à air comprimé, avec lequel il fait sauter les cervelles comme les serrures. Intelligent mais impitoyable, on hésite parfois à le considérer comme un fou ou comme un être sensé, tellement l'équilibre entre ces deux aspects est bien calculé. C'est ce qui fait une grande partie de la force du personnage : la plupart du temps d'une cruauté et d'une insenbilité sans limites, mais quelquefois animé de réactions plus humaines, il garde ainsi en lui une sorte de mystère qui ne nous sera pas dévoilé. Dans le film, sa présence donne lieu à des scènes d'une habileté rare, créant un suspense fort avec très peu d'expressivité. (Par chance, cette présence est très fréquente.)
Et c'est d'ailleurs moins de suspense qu'il s'agit ici que d'une atmosphère oppressante et captivante, qui dure tout le long du film. La caméra des frères Coen filme avec une précision passionnante toute l'essence et la profondeur du sujet : le Mal qui règne en Amérique (et la cruauté humaine en général). Si les mouvements de caméra, angles et cadrages sont peu voyants (mais n'en sont pas moins excellents), c'est qu'il répondent à un mouvement général qui va au-delà du simple choix esthétique, démontrant la grandeur du génie des deux cinéastes. Aucune emphase dans ce thriller lorgnant sur le fantastique : seulement un réalisme brut et implacable, une terreur au calme poussé à l'extrême. Et malgré quelques touches d'humour (réussies), No Country for Old Men est un film profondément noir et pessimiste. Ce qui ne l'empêche pas (au contraire !) d'être d'une beauté incomparable, et accessoirement l'une des meilleures réussites de ces derniers mois.
Avec Javier Bardem, Tommy Lee Jones, Josh Brolin...
Scénario de Joel et Ethan Coen, adapté d'un roman de Cormac McCarthy.
Genre : noir et glaçant.
2 h 2 min, États-Unis.
Vu en V.O.






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